Un extrait d’un article qui fait ressortir les chiffres effarant de gaspillage alimentaire au Canada… soit 3,5 fois plus que les tonnages français !

Sans emballage, la solution au gaspillage alimentaire existerait

Article RADIO CANADA du 26/07/19 par DANIEL BLANCHETTE PELLETIER

Deux études ont vanté cette année les mérites des boîtes de prêt-à-cuisiner, comme Marché Goodfood, Hello Fresh et compagnie, pour contrer le gaspillage alimentaire. Mais cette solution est-elle vraiment plus « verte »?

Les consommateurs ont la mauvaise habitude d’acheter à l’épicerie plus qu’ils ne consomment.

Résultat : près de 60 % de la nourriture produite au Canada est jetée à la poubelle, selon un rapport de l’organisation Second Harvest.

En proposant des aliments préportionnés, les boîtes de prêt-à-cuisiner ont l’avantage de réduire la quantité d’aliments gaspillés, comparativement aux repas cuisinés avec les provisions achetées à l’épicerie.

Une étude de l’Université du Texas à Austin, aux États-Unis, a comparé l’énergie nécessaire sur toute la chaîne d’approvisionnement(Nouvelle fenêtre), de la ferme à la salle à manger, à la production d’un repas en prêt-à-cuisiner avec celle du même repas préparé à partir d’une épicerie.

Le prêt-à-cuisiner nécessite moins d’énergie, autant par repas que sur une semaine, sauf lorsque l’emballage (en indigo sur le graphique) est pris en considération, démontrent les auteurs de l’étude.

Comparaison sur le plan énergétique du prêt-à-cuisiner et de l’épicerie

Une étude américaine a établi une méthode de calcul qui permet de comparer sur le plan énergétique la préparation d’un repas à partir d’une boîte de prêt-à-cuisiner et d’une épicerie.

L’énergie associée à l’emballage des aliments dans les boîtes de prêt-à-cuisiner surpasse donc les bénéfices de la réduction du gaspillage alimentaire.

Ce n’est pas surprenant, selon les auteurs de l’étude américaine, puisque chaque ingrédient est emballé séparément dans des sacs en plastique à usage unique. Il faut aussi prendre en considération la boîte de livraison elle-même, avec son isolant et ses blocs réfrigérants.

Il faudrait, ajoutent-ils, réduire d’au moins 20 % la quantité d’emballage pour que les scénarios boîte et épicerie s’équivalent sur le plan énergétique.

Une autre étude, toujours aux États-Unis(Nouvelle fenêtre), a fait un exercice similaire, en mesurant les conséquences environnementales et la quantité de gaz à effet de serre générée par un repas de prêt-à-cuisiner et par un autre d’épicerie. L’emballage venait là aussi troubler les résultats.

Selon Sylvain Allard, spécialisé en écoconception des emballages, on ne fait que déplacer le problème.

On génère encore plus de matière, parce qu’il faut comprendre que ces entreprises reçoivent leurs produits alimentaires dans des emballages et vont les reconditionner dans de nouveaux emballages, donc on rajoute une couche d’emballage, argumente le professeur à l’école de design de l’UQAM.

L’emballage au cœur du problème

Dans une boîte de prêt-à-cuisiner, la majorité des aliments sont emballés individuellement.

Un emballage minimal est toutefois nécessaire en alimentation pour assurer la préservation des aliments.

Les auteurs des études américaines demeurent convaincus que les entreprises de boîtes de prêt-à-cuisiner peuvent être une solution au gaspillage alimentaire, à condition qu’ils revoient leur façon d’emballer, souvent qualifiée de « suremballage ».

Ils suggèrent notamment d’en réduire la quantité et de se tourner vers des emballages réutilisables. Sans réutilisation, le modèle atteint rapidement sa limite, selon eux.

Dans la mesure où on n’en est pas encore là, ça m’apparaît incomplet comme modèle, appuie le professeur Allard.

Ce dernier rejette les boîtes de prêt-à-cuisiner comme solution au gaspillage alimentaire.

C’est un peu une forme d’infantilisation des consommateurs, estime le professeur à l’école de design de l’UQAM. Il vaudrait mieux miser sur l’éducation du consommateur : acheter les bonnes quantités d’aliments, prévoir ce qu’on va cuisiner et s’assurer qu’on ne gaspille rien.

Contrairement à l’idée que ces petites portions aident contre le gaspillage alimentaire, je pense qu’une prise de conscience de la précieuseté de l’aliment permettrait de gérer le problème plus efficacement.Sylvain Allard, UQAM

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