Le flou des dates bien entretenu par les fabricants des produits

Les fabricants ont-ils un intérêt à s’engager dans la diminution du gaspillage alimentaire ? Tant qu’il n’y a pas de norme qui encadre précisément la construction d’une date limite de consommation, les producteurs sont libres de noter quelle sera l’échéance d’un produit. Malheureusement, de point ne figure ni dans la loi Egalim, ni dans la loi Garot.

Article de Capital, publié le 06/09/2019, rédigé par Annick Berger


ENVOYÉ SPÉCIAL S’ATTAQUE AUX DATES LIMITES DE CONSOMMATION


Aucun organisme officiel ne vérifie la manière dont une date limite est choisie, seule la réglementation européenne la rend obligatoire.

Les dates limites de consommation, véritable casse-tête pour certains consommateurs. Faut-il les respecter ? Qui fixe les dates mentionnées sur les produits ? Envoyé Spécial, diffusé ce jeudi 5 septembre sur France 2, a tenté d’apporter des réponses à toutes ces questions. L’émission présentée par Élise Lucet a dénoncé l’opacité entourant ces fameuses “DLC”. Selon Franceinfo, aucun “géant du secteur” n’a accepté de recevoir les équipes de tournage de la chaîne et “avec ses 150.000 litres de lait collecté par jour, un fabricant de Poitou-Charentes est le seul à avoir accepté de jouer la transparence”.
Ce producteur présente ainsi ses produits : beurre de baratte réputé et laiterie servant, notamment, à produire des yaourts. La durée de vie du beurre est fixée à 70 jours et celle des yaourts à 35. Mais ces dates ne sont données par aucun organisme officiel : c’est le producteur lui-même qui les a fixées à sa guise, avec pour seule obligation de ne pas intoxiquer ses clients. Car en France, les dates limites de consommation ne sont pas contrôlées, seule la réglementation européenne les rend obligatoires.

Le profit, véritable enjeu des DLC

Ainsi, pour fixer la DLC de ses produits, l’entreprise de Poitou-Charentes réalise ses propres tests, explique Envoyé Spécial, qu’elle commande à un laboratoire. Les scientifiques recherchent alors d’éventuelles bactéries pathogènes qui peuvent provoquer de sérieuses infections. Selon les études, à 35 jours, les yaourts sont sans risque. Passé cette date, l’entreprise ne certifie pas la qualité de ses produits et plaide le principe de précaution pour des aliments qui pourraient pourtant encore être consommés.
Car l’entreprise filmée par Envoyé Spécial dévoile un détail surprenant : la date limite de consommation n’est pas la même en fonction des pays dans lesquels les produits sont vendus. Ainsi la durée de vie du beurre est plus importante de 20 jours pour la Chine ou Dubaï par rapport à la France. Plus généralement, la DLC des produits pour lesquels le transport est long est généralement rallongée par l’entreprise qui reconnaît que la plupart du temps, si les fabricants gardent des durées de vie courtes sur leurs produits, c’est pour des questions de profit.
Selon les associations de consommateurs, les dates de péremption sont responsables de 20% du gaspillage alimentaire, explique 20 Minutes et plusieurs appellent à réformer cette pratique. France Nature et l’appli anti-gaspi Too Good To Go ont cosigné un livre blanc intitulé “Les dates de péremption, une idée dépassée ?” au début de l’année 2019. Elles y affirment qu’ajouter un seul jour supplémentaire aux durées de vie des produits reviendrait à un gain de 100 millions d’euros pour les industriels et 350.000 euros pour les ménages, en évitant ainsi un important gâchis alimentaire.

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