Le gaspillage n’est pas généré qu’après le repas, mais aussi pendant

Lorsqu’on parle de gaspillage, on pense souvent à ce qu’il reste dans nos assiettes et qui peut se terminer en partie à la poubelle à la fin du repas. Mais dans une société de surconsommation, le gaspillage se passe aussi pendant le repas. Notre gourmandise nous pousse à trop consommer alors que notre corps n’a pas besoin d’autant de quantité de nourriture. Alors que cette dernière est produite à l’origine pour satisfaire des besoins nutritionnels normaux, elle est gaspillée car surconsommée.

Un article de L’Alsace.fr, publié le 14.10.2019, rédigé par Virginie Goblet

Trop manger génère bien plus de gaspillage que jeter



Près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde serait jeté avant d’avoir été consommé, soit un gaspillage de 1,6 milliard de tonnes par an. Mais il existe une forme de gaspillage alimentaire moins visible et qui porterait beaucoup plus à conséquence : la nourriture ingérée en excès.

Le gaspillage alimentaire est un des fléaux de notre mode de vie actuel, en particulier dans les pays occidentaux. En France, près de 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont jetées chaque année. En plus de poser un problème éthique, cela génère aussi un gaspillage d’argent puisque cela coûte entre 12 et 20 milliards d’euros par an en France, selon l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie).

Mais ce n’est pas tout. D’après une étude publiée dans la revue Frontiers in nutrition en août 2019, manger plus que ce dont notre corps a besoin pour être en bonne santé conduit aussi à un gaspillage monumental de nourri-ture : 140 milliards de tonnes. C’est près de 100 fois plus que ce que nous jetons à la poubelle !

Ceux qui font trop de sport mangent aussi trop
En cause, l’augmentation du nombre de personnes obèses ou en surpoids dans le monde, estimé à 1,9 milliard d’adultes et 41 millions d’enfants. Bien que la prise de poids ne soit pas toujours liée à un excès de nourriture – elle peut être causée par le stress, la sédentarité, une prédisposition génétique… –, les chercheurs indiquent que le contenu énergétique de notre régime alimentaire a augmenté en moyenne de 50 % depuis 1974.

En plus d’être mauvais pour la santé, cet excès de nourriture génèrerait 240 milliards de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de l’ensemble des émissions issues des énergies fossiles dispensées durant ces sept dernières années, d’après l’étude. Il faut ajouter à cela 343 millions de m3 d’eau perdus ainsi que 3 785 km2 de surface accaparés inutilement.

Mais pour les chercheurs, l’obésité n’est pas le seul problème. La suralimentation concerne également des personnes qui ingèrent beaucoup de nourriture mais qui, avec une importante dépense calorique par la pratique d’une activité physique intense, maintiennent un indice de masse corporelle (ou IMC) normal. Continuer à manger beaucoup en comptant se dépenser pour éliminer est un mauvais calcul. Cela génère une « pression environnementale » non négligeable pour la production de la nourriture excédentaire.

Consommer ce dont nous avons réellement besoin
Les aliments ayant l’empreinte carbone la plus néfaste sont ceux qui sont les plus riches en calories, comme la viande ou les produits laitiers, dont la production implique davantage de terres, d’eau et de gaz à effet de serre. Ils représentent également – avec les œufs –, 75 % de cette empreinte écologique délétère. Les chercheurs précisent que les calculs sont effectués au niveau global par pays, et non par individu. Cela peut biaiser les résultats. Néanmoins, il est reconnu aujourd’hui que les populations en surpoids ont une alimentation plus riche en produits trans-formés, en sucre et en matières grasses.

Pour limiter ce gâchis, à la fois sanitaire et environnemental, chacun doit réfléchir de manière critique à sa façon de consommer. Plutôt que d’adapter notre activité physique à notre alimentation, nous devrions faire l’inverse et adapter notre alimentation à nos besoins physiques.

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