Greenwashing ou réelles avancées environnementales, quelques déchets prennent de la valeur.

De grandes enseignes semblent avancer dans la valorisation de leurs déchets, point essentiel dans le processus de réduction du gaspillage. Il est aujourd’hui possible d’utiliser les écorces, peaux de fruits ou autres restes afin de récréer des aliments ou boissons, parfois même des gobelets. Alors que le tri peine à s’imposer dans ces points de consommation hors foyers, et que les résidus de pesticides sont présents sur les peaux et écorces, il est difficile de s’enthousiasmer sans vouloir en apprendre plus.

Un article de l’Opinion, publié le 10.10.2019, rédigé par Heather Haddon et Lucy Craymer

L’industrie agroalimentaire veut transformer ses déchets en or



Les entreprises alimentaires et de boissons transforment les coques de cacao, les pelures de pommes et d’autres déchets en produits nouveaux, et pas seulement en aliments

Les entreprises du secteur de l’alimentation et des boissons fouillent leurs poubelles à la recherche de profits potentiels.

Mondelez, Starbucks et AB InBev font partie des géants du secteur qui élaborent des aliments et des boissons à partir de matières alimentaires comme les coques de cacao et les céréales de brasserie déjà utilisées — qu’eux-mêmes et leurs fournisseurs ont longtemps jetés. Ils espèrent attirer les consommateurs qui disent vouloir que les entreprises gaspillent moins et réduisent leur impact environnemental.

« Penser de manière créative au sujet du gaspillage alimentaire peut permettre le développement d’un nouveau business dans la chaîne d’approvisionnement », explique une porte-parole de Starbucks, qui recycle la couche extérieure des grains de café en un édulcorant naturel appelé cascara.

Le marché semble mûr. Près de la moitié des consommateurs américains disent vouloir changer leurs habitudes d’achats pour réduire leur impact environnemental, selon la firme d’études de marché Nielsen. Les ventes de biens de consommation commercialisés comme durables, bruts ou biologiques ont atteint quelque 130 milliards de dollars aux Etats-Unis l’an dernier, soit 12 % de plus qu’en 2015, indique Nielsen.

Et il y a beaucoup de matières premières. Les agriculteurs et les fabricants américains produisent environ 11 millions de tonnes de déchets alimentaires par an, selon le ReFED, une organisation à but non lucratif qui concentre son action sur leur réduction.

Les grandes entreprises établies ne sont pas les seules à avoir identifié ce potentiel. Plus de quarante entreprises et organisations ont ouvert au cours des cinq dernières années dans le but de transformer les produits alimentaires mis au rebut en de nouveaux produits, selon le ReFED. Et ces nouveaux produits ne sont pas uniquement des aliments. Les tissus, par exemple, peuvent également être fabriqués à partir de déchets de l’industrie alimentaire.

Eric Stief est responsable des partenariats stratégiques chez JPG Resources, une société de conseil pilotée par d’anciens dirigeants du secteur alimentaire qui aide l’industrie brassicole du Michigan à transformer les céréales utilisées en produits de consommation. « Pendant des siècles, on a nourri les porcs avec ça, dit-il. Nous voyons une meilleure utilisation pour ces produits. »

Chips, fruits séchés et bière
La plupart des nouveaux produits en sont encore au stade du développement ou des essais. Mais certains sont déjà largement disponibles, dont — pour l’instant, au moins — les chips de poulet de la marque Yappah, qui appartient à Tyson. Fabriquées à partir des déchets que Tyson collecte lors de ses opérations et de celles d’autres entreprises, ces chips sont proposées saveurs carotte-curry, céleri et fromage blanc-bière IPA. Cette dernière est elle-même produite à base de grains à bière déjà utilisés en brasserie. Les chips sont disponibles en ligne sur le site de Tyson et sur Amazon après avoir été testées dans un supermarché de Chicago l’année dernière. Mais Tyson a décidé de ne pas actuellement aller plus avant sur ce projet pour plusieurs raisons, parmi lesquelles sa viabilité globale, dit une porte-parole de Tyson, qui a refusé de donner des détails ou de commenter les ventes. Mais travailler avec les déchets reste une priorité pour Tyson, dit-elle.

Mondelez, le fabricant des chocolats Cadbury et Toblerone, teste des snacks fabriqués à partir de parties du cacao qui ne sont pas utilisées pour produire du chocolat. Environ 70 % d’un fruit de cacao est jeté après la récolte de la fève, ce qui produit 10 millions de tonnes de déchets par an, selon Mondelez. Cela inclut la pulpe sucrée du fruit, que l’entreprise utilise pour sucrer les snacks de CaPao, sa nouvelle marque. Mondelez teste actuellement la demande pour ces snacks, à base de fruits séchés au cacao et des « boulettes de smoothie » — de la pulpe de cacao avec des noix et des graines —, sur les marchés et chez des commerçants de Los Angeles, et prévoit de les distribuer plus largement aux Etats-Unis cette année.

Le groupe zurichois Barry Callebaut, l’un des principaux fabricants mondiaux de produits à base de cacao, fournit les ingrédients provenant du cacao pour les produits CaPao de Mondelez. Le mois dernier, l’entreprise suisse a également annoncé le lancement de sa propre gamme d’aliments et de boissons Cacaofruit Experience, faite à base du fruit entier du cacao. L’entreprise prévoit également de développer un nouveau type de chocolat, d’abord disponible pour les artisans et les chefs cuisiniers l’an prochain, puis pour les fabricants de produits alimentaires.

Kellogg travaille avec le brasseur artisanal Seven Bro7hers Brewery de Manchester, en Angleterre, pour qu’il fasse fermenter des céréales décolorées et sous-enrobées qui, auraient normalement été destinées à l’alimentation animale. En juin, Seven Bro7hers a présenté Cast Off Pale Ale, fabriqué à base de Rice Krispies, et Sling It Out Stout, brassé avec des Coco Pops. Le premier tirage de ces bières s’est vendu en ligne en quelques heures, affirme une porte-parole de Kellogg, et d’autres ont, depuis, été mis en production.

La plus grande brasserie du monde, AB InBev, vend, à bas prix, la plupart des 1,4 million de tonnes de céréales usagées qu’elle produit chaque année comme aliments destinés au bétail. Mais elle examine une autre utilisation. En novembre dernier, l’entreprise a fait don de 270 kg de grains usagés — issus de sa brasserie de Newark dans le New Jersey — à RISE Products, une start-up new-yorkaise qui fabrique de la farine à partir de ce matériau. Le brasseur envisage de donner plus de céréales à RISE à mesure que la start-up augmentera ses ventes de farines, explique une porte-parole d’Anheuser-Busch. Par rapport à la quantité totale de grains usagés produits par le brasseur, la contribution à RISE constitue une perte de revenus négligeable, dit-elle.

Portez-le
Les entreprises transforment également les déchets alimentaires en tissus, dans le but de conquérir les consommateurs préoccupés par l’utilisation généralisée des plastiques dans l’habillement et le lourd bilan environnemental associé à la production de matières allant du coton au cachemire.

Dans le nord de l’Italie, Hannes Parth mélange du plastique avec des pelures, des noyaux et de la pulpe provenant d’usines de jus de pommes situées à proximité de son établissement pour en faire un tissu ressemblant au cuir qui est transformé en chaussures et en sacs à main. Les déchets de pommes donnent un cuir synthétique qui utilise 50 % moins de plastique que ces autres variantes, dit M. Parth. L’actrice Emma Watson a posté une photo d’elle portant une jupe faite en cette matière, sur Instagram en mai.

M. Parth essayait de produire de la colle à partir de déchets de fruits lorsqu’il a accidentellement trouvé la formule de ce tissu.

« J’étais trop fatigué pour faire le ménage et j’ai tout laissé un désordre. Quand je suis revenu au laboratoire le lendemain, cela ressemblait à du cuir », dit-il.

Carmen Hijosa a, elle, fondé sa société, Ananas Anam, alors qu’elle développait une formule d’un tissu alternatif au cuir appelé Piñatex, fabriqué à partir des feuilles d’ananas des Philippines qui sont traditionnellement brûlées ou laissées à pourrir après la récolte. L’entreprise a fabriqué deux fois plus de tissu l’an dernier qu’en 2017 et prévoit que la production doublera encore cette année.

Piñatex a été utilisé pour des chaussures Hugo Boss et une ligne de vêtements durables de Hennes & Mauritz AB, propriétaire de la chaîne de fast-fashion H&M. Hilton a utilisé Piñatex pour recouvrir des poufs dans ses « chambres d’hôtel végétaliennes » de son établissement de Bankside à Londres.

« Pour les agriculteurs, il ne s’agit pas seulement d’une solution à leur problème de déchets, mais aussi d’une nouvelle source de revenus », explique M. Hijosa.

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